Arnaque au casino de Namur : verdict le 25 juin

Arnaque au casino de Namur

Les faits

Pris la main dans le sac

Verdict attendu le 25 juin


Dans tous les casinos du monde, c'est la même histoire : il y a toujours des escrocs qui tentent de contourner les règles en espérant décrocher le jackpot. Si certains sont des petits génies de l'arnaque, la plupart du temps les fraudeurs ressemblent davantage à une équipe de pieds nickelés...

De prime abord, les coups montés peuvent sembler séduisants : il y a des complices à l'intérieur de la salle de jeux et un « motus operandi » bien rôdé.  Mais en réalité, il y a toujours une faille grossière qui finit inévitablement par être remarquée puisque les tricheurs visent gros et multiplient les coups.

Prenons par exemple l'affaire du casino de Namur.

     

Les faits

Tout commence en juillet 2009. Une femme est malheureusement devenue dépendante à la roulette. Ce jeu  l'obsède mais elle ne parvient pas à gagner. Elle décide alors de forcer le destin en élaborant un coup fumant. 

Première étape : elle recrute son mari et son frère, afin qu'ils l'aident à gagner un maximum d'argent dans un délai record.

Deuxième étape : elle recherche un complice parmi le personnel du casino de Namur. Elle finit par trouver le candidat idéal : un croupier qui est également un joueur dépendant. Comme il croule sous les dettes, il est très facile à convaincre.

Pleine d'enthousiasme, la petite équipe met au point un stratagème d'une simplicité enfantine. A la roulette, le croupier ripoux prononce le plus tard possible la phrase « faites vos jeux, rien ne va plus ».  Théoriquement, à ce moment-là, tout le monde doit s'arrêter de parier. Mais le croupier corrompu se débrouillait pour manipuler les mises avec dextérité pour brouiller les pistes et dissimuler la triche.  Il lui suffisait alors d'annoncer que les clients fraudeurs avaient les bons numéros et le tour était joué...

Cette arnaque des annonces tardives est assez connue mais, bien exécutée, elle n'est pas toujours évidente à déceler par les équipes chargées de la sécurité du casino.

Fiers de leurs premiers succès, les fraudeurs ont alors voulu placer la barre plus haut. Ils ont alors recruté d'autres personnes. Au total, la dream team se composait d'un chef de salle, de quatre croupiers et de sept clients.

Ils parviennent à détourner 90 000 €.

    

Pris la main dans le sac

En novembre 2009, tout s'écroule.

Un « appel anonyme » (peut-être un complice dont l'identité aura été tenue secrète ?) dévoile la supercherie.  A partir de là, le casinotier a les moyens de réagir : il enregistre le déroulement d'une soirée et constate que son établissement est effectivement victime d'escroquerie.

Il dépose plainte et les coupables sont arrêtés. Même s'ils sont présumés innocents, il leur est difficile de nier la réalité : tous leurs agissements ont été filmés !

A partir de ce moment-là, la solidarité du gang se fissure.... Et tous désignent la femme comme étant « le cerveau » et l'instigatrice de cette gigantesque arnaque. C'est donc elle qui risque d'écoper de la plus lourde peine.  Elle est d'ailleurs soupçonnée d'être en réalité une récidiviste : d'autres casinos de la région auraient également subi le stratagème malhonnête de cette joueuse compulsive.

    

Verdict attendu le 25 juin

Le procès, débuté en avril 2014, a été relativement long : il faudra 5 semaines d'audience, tous les mercredis, pour lever le voile sur la complexité des faits et sur la personnalité des accusés.

Si certains ne risquent que de lourdes amendes, d'autres encourent jusqu'à 5 ans de prison ferme.  Le verdict sera connu le 25 juin 2014.

Arnaque au casino de Namur

On peut malgré tout se demander si la femme a l'origine de la fraude est réellement la plus condamnable.

Sans vouloir minimiser la portée de ses actes, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une personne souffrant d'une addiction aux jeux d'argent. Or la dépendance est une maladie qui est définie dans l'ICD-10, la classification internationale des maladies comme un "trouble consistant en des épisodes répétés et fréquents de jeu qui dominent la vie du sujet au détriment des valeurs et des obligations sociales, professionnelles, matérielles et familiales."

En clair : même si la personne dépendante sait qu'elle a tort de faire ce qu’elle fait, elle ne peut pas s'en empêcher. Sa responsabilité ne doit pas pour autant être écartée, car (heureusement) tous les joueurs addicts ne basculent pas dans la criminalité.

Mais la responsabilité du mari et du frère de cette femme n'est-elle pas plus importante ? Pour l'aider, ils auraient dû faire appel à des services spécialisés dans l’addiction des joueurs. Ils  pouvaient aussi la dissuader de se lancer dans cette folle entreprise. N'étant pas accros au jeu, ils sont sensés avoir toutes leurs facultés mentales....Au lieu de ça, ils ont préféré l'accompagner pour tenter d'amasser un maximum d'argent.

« Il n'y a point de mal dont il ne naisse un bien » écrivait Voltaire.  Dans cette affaire, il peut  également y avoir une issue positive : au-delà de leur condamnation, la joueuse et le croupier dépendants devraient bénéficier de soins destinés à les soigner de leur addiction.

Le casinotier aura aussi pris une bonne leçon et il surveillera plus attentivement son personnel. Grâce aux caméras de vidéo-surveillance, il avait quand même les moyens de s'apercevoir que quatre croupiers et un chef de salle étaient devenus les complices des joueurs ! Il aurait également du trouver suspect que les mêmes joueurs gagnent autant et aussi souvent....

Armand Khaida - casino de Namur

Ceci dit, pour remettre les faits dans leur contexte, il faut savoir que l'ancienne direction du casino de Namur (qui était en place lors de cette fraude) n'était pas non plus exemplaire. En mai 2014, l'ex-patron de cet établissement, Armand Khaïda, a été condamné par le tribunal correctionnel à 3,5 millions d'euros de confiscation, 100 000 euros d'amende et 3 ans de prison avec sursis.  Les autres membres de la direction ont également pris de lourdes peines.  Ils avaient en effet pris l'habitude de soustraire une partie des recettes lorsqu’était réalisé le comptage à chaque fin de nuit !

 

Espérons que le casino de Namur tire les enseignements nécessaires de ces mauvaises expériences et reparte sur de bonnes bases !

17-Jun-2014, 00:01


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